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lundi 2 janvier 2017

A la poursuite du grenat vert


  Influencées par son nom, évocateur d'une certaine couleur, beaucoup de personnes tendent à se figurer que le grenat, en tant que minéral, se présente toujours sous la forme d'une pierre de teinte oscillant entre le brun et le pourpre. C'est toutefois mal connaître la grande variété et la diversité inhérentes à cette famille minéralogique, qui rassemble en réalité au moins six variétés bien distinctes, que l'on peut énumérer ainsi :
  • l’almandin, souvent opaque, dont la couleur tire sur le brun rouge
  • le pyrope, qui a une couleur allant du rouge très sombre au rouge feu
  • le spessartite, translucide à la couleur allant de l’orange au brun-rouge
  • l'andradite, dont le démantoïde constitue la variété verte, avec une couleur qui va du vert émeraude au jaune vert en passant par le vert olive, est une gemme très rare et très appréciée.
  • l’uvarovite, le plus rare des grenats, en petits cristaux cubiques d’un très beau vert profond
  • le grossulaire, dont la tsavorite constitue une variété d'un vert intense
  Grenat n'est donc pas le nom d'une espèce minérale bien spécifique, mais plutôt une appellation  générique désignant l'ensemble de plusieurs espèces, s'apparentant toutes au groupe des néosilicates. Les plus convoitées, par conséquent les plus recherchées et les plus hautement monnayées, sont sans nul doute les trois dernières espèces, constitutives du groupe des grenats verts. C'est donc à une rapide présentation du démantoïde, de l'uvarovite et de la tsavorite que nous allons nous livrer à présent.

Grenats démantoïdes bruts

LE DEMANTOÏDE

  Le grenat démantoïde, variété d'andradite de formule chimique Ca3Fe2(SiO4)3,  est un silicate de fer et de calcium, qui doit sa belle coloration à la présence additionnelle de chrome. Son nom provient de l'ancien allemand Demant,  signifiant diamant, en raison de l'éclat particulier de la pierre. En effet, on dit du démantoïde qu'il a la couleur de l'émeraude et les feux du diamant, car il est au nombre des rares minéraux qui peut présenter des "feux", phénomène de déviation et de dispersion de la lumière passant dans le cristal, et lui conférant ainsi des brillances caractéristiques. Sa dureté est comprise entre 6,5 et 7 sur l'échelle de Mohs.
Ci-dessus et ci-dessous : Grenats démantoïdes, Madagascar

  Découvert en 1868 en Russie, dans l'Oural, il en est souvent originaire, mais peut aussi provenir d'Italie (Val Malenco), de Madagascar (nouveau gisement découvert en 2009 à Ambanja), de Namibie (découverte de 1996), ou encore du Canada, entre autres.
Grenats démantoïdes sur matrice rocheuse, Canada

  Les beaux spécimens de démantoïde se négocient d'autant plus cher qu'ils sont fort rares, les cristaux limpides et sans défauts constituant des pièces exceptionnelles.
Grenat démantoïde facetté, Russie
 Grenat démantoïde facetté, entouré de diamants et
monté sur bague






L'UVAROVITE

  L'uvarovite est incontestablement la variété de grenat la plus rare de toutes. Sa formule chimique est Ca3Cr2(SiO4)3 , avec aussi quelques  traces de fer, d'aluminium et de magnésium. Lui aussi est chromifère, ce qui lui donne sa remarquable couleur d'un vert profond. C'est le chimiste suisso-russe Germain Henri Hess qui a décrit l'uvarovite pour la première fois en 1832, et qui l'a baptisée en la dédiant à Sergei Semeonovich Uvarov (1786-1855), homme d'État russe, ministre et collectionneur de minéraux.
Cristaux d'Uvarovite sur matrice rocheuse, Oural, Russie


  Si celle-ci est fort rare et très convoitée par les collectionneurs en raison de la beauté de ses cristaux, ceux-ci sont néanmoins presque toujours de dimensions trop réduites pour être taillés et employés en joaillerie. On se contentera donc d'apprécier l'uvarovite en son état naturel, qui est celui de myriades de petits cristaux cubiques d'un vert vif et limpide, parsemant leurs matrices rocheuses.


  Bien qu'étant principalement extraite dans la région russe de l'Oural, où elle avait été découverte en premier lieu, certains spécimens remarquables sont issus d'autres gisements découverts depuis lors à travers le monde, notamment en Afrique du Sud, au Canada, aux Etats-Unis, en Norvège, en Pologne, en Finlande, en Nouvelle-Calédonie, et même en France métropolitaine, dans l'Aveyron.








LA TSAVORITE
  La tsavorite, quant à elle, est une variété verte de grenat grossulaire colorée par du vanadium, et qui n'a été découverte que dans la seconde moitié du XXème siècle, en 1961.
Issue pour sa part de gisements principalement africains, situé au Kenya et en Tanzanie, elle a été baptisée en référence au parc naturel kenyan de Tsavo. Dans une moindre mesure, d'autres gisements ont été découverts au Mali, où les cristaux s'avèrent pâles, dans plusieurs mines du Québec, ainsi qu'à Madagascar, où les spécimens mis au jour s'avèrent peu nombreux et de petites tailles. D'une dureté variable, comprise entre 6,5 et 7,5 sur l'échelle de Mohs, sa formule chimique est
Ca3Al2(SiO4)3 .
 Tsavorite brute sur matrice, Tanzanie
Grenat tsavorite brut, Tanzanie

  Paradoxalement, bien qu'étant celle des trois espèces qui a été découverte le plus tardivement, on peut considérer sans l'ombre d'un doute que c'est la tsavorite, largement employée en joaillerie, qui a véritablement fait connaître le grenat vert auprès d'un large public. Elle est ainsi à l'origine d'une engouement de masse qui fait qu'aujourd'hui, ce sont bel et bien les variétés vertes de grenat qui sont les plus cotées, et donc les plus recherchées.

Amas de grenats tsavorites, Québec, Canada


Grenat tsavorite brut d'une grande limpidité, Tanzanie


 Le plus gros cristal connu de tsavorite au monde, Tanzanie
Grenat tsavorite facetté


 
Grenat tsavorite facetté,
vendu pour la modique somme de 9 900,00 $ US. (!)
Dimensions : 12,21mm X 10,15mm X 6,65mm

 Grenat tsavorite facetté




Petites pierres roulées de grenat vert

  S'ils affichent souvent de petites, voire très petites dimensions, il n'est pas rare que certains cristaux de démantoïde comme de tsavorite se négocient à des prix considérables, pour peu qu'ils s'agisse de gemmes limpides, exemptes de défauts, jouissant d'une coloration intense, ainsi que d'une taille en facettes mettant en valeur leurs jeux de lumière et leurs "feux". La raison du succès des grenats verts, outre leur dureté, tient néanmoins au fait qu'ils restent malgré tout moins onéreux -et donc plus abordables- que l'émeraude, pour des couleurs analogues ne nécessitant, de surcroit, aucun traitement artificiel pour les intensifier.

  Voici donc des pierres qui, à défaut de toujours pouvoir être facilement distinguées les unes des autres au premier coup d'oeil, sont au moins susceptibles de faire  le bonheur des collectionneurs, des passionnés, des minéralogistes, des gemmologues et des joaillers, comme des simples amateurs de belles pierres ou de jolis bijoux.

Hans Cany

vendredi 24 avril 2015

Les météorites NWA, pierres venues d'Ailleurs

Belle pièce de chondrite ordinaire
(météorite NWA XXXX)
 

Les météorites NWA tiennent leur appellation de leur provenance géographique, le Nord-Ouest Africain : "NorthWest Africa". Il s'agit de chondrites, celles-ci étant le type le plus primitif de météorite, essentiellement pierreuses. Elles renferment en effet moins de 35% de fer, ce qui n'empêche pas la plupart d'entre elles de réagir à l'aimant. Les chondrites se nomment ainsi car elles contiennent des chondres, microbilles de moins d'un millimètre de diamètre, essentiellement formées de silicates et de métal. On distingue trois types de chondrites : les chondrites ordinaires, les chondrites carbonées et les chondrites à enstatite.

Lorsqu'elles sont clairement identifiées et géolocalisées, elles reçoivent une dénomination officielle spécifique, de type NWA 1110, NWA 7325 etc.
Lorsqu'on ignore leur provenance exacte, tout en leur reconnaissant la nature de véritables chondrites, et donc de météorites, on parle de "NWA non classée", voire même de "NWA XXXX".

Les scientifiques estiment que beaucoup de météorites NWA sont d'origine martienne, comme par exemple la météorite NWA 1110, dont on a retrouvé et on retrouve toujours de nombreux fragments de tailles diverses.


 
La plus grosse météorite NWA 1110, d'origine martienne,
retrouvée à ce jour.

Terrain d'aspect martien, où se récoltent les fragments de météorite
martienne NWA1110. Retour aux sources ?

Groupe de nomades cherchant des fragments de la
météorite NWA 1110, dans le désert.
 
Les météorites NWA XXXX sont vendues par des marchands marocains. Leur provenance exacte n´est pas connue, car elles ont été trouvées par des bergers ou des nomades au Maroc, en Algérie, au Niger ou en Mauritanie. Elles peuvent être analysées par un laboratoire scientifique qui détermine leur nature exacte. Et c'est seulement alors qu'elle se voit attribuer une dénomination chiffrée précise.
 
Les météorites NWA non classées, de type chondrites ordinaires, sont généralement les météorites les moins onéreuses sur le marché, tout en étant convoitées et des garanties d'authenticité plutôt fiables. Elles constituent une possibilité d'acquérir d'authentiques fragments météoritiques sans avoir pour cela à se ruiner.

Très grosse pièce de chondrite ordinaire
(météorite NWA XXXX)
 
Ci-dessus et ci-dessous :
Météorites NWA non classées
(NWA XXXX  / Chondrites ordinaires)
 
N'oublions pas que c'est à la faveur de collisions cataclysmiques,
d'une violence et d'une ampleur inouïes, que ces singulières roches
venues d'outre-espace sont parvenues jusqu'à nous.


Pour s'être pulvérisés en autant de petits fragments, ces bolides
constituaient souvent des masses considérables.
 
Une météorite NWA, classée ou non, cela n'a rien d'une pierre ordinaire. Issue des profondeurs abyssales du Cosmos, elle porte en elle l'essence d'autres mondes que celui que nous connaissons. Pierre extra-terrestre, au sens littéral du terme, son origine et sa nature même ne peuvent que nous fasciner, et en faire un objet précieux.

Hans CANY

dimanche 19 avril 2015

La Francevillite, minéral radioactif méconnu

 
La Francevillite est un joli minéral méconnu. Elle tient son nom de la localité type où elle a été découverte, dans les gisements uranifères des environs immédiats de Franceville, au Gabon. De couleurs tranchées allant du jaune vif à l'orange profond, en passant par le brun, la Francevillite est un vanadate de formule chimique (Ba,Pb)(UO2)2V2O8·5(H2O). La Francevillite est très fortement radioactive, donc délicate à manipuler et à stocker.


Ici un spécimen de variété orange.
 
Toutes les pierres dont les photos figurent sur la présente page sont extraites des mines d'uranium de la région de Mounana, située au nord-ouest de Franceville, au Gabon :
Mines d'uranium de Franceville, Gabon

La Francevillite est souvent associée, dans ces mines,  à la curienite , un proche vanadate uranifère, à la chevetite (un autre vanadate), et à la mounanaite (également un vanadate).
Il existe de beaux spécimens de Francevillite de qualité gemme. Mais bien évidemment, la forte radioactivité de ce rare minéral, doublée d'une faible dureté (3 sur l'échelle de Mohs, comme la calcite), interdisent son emploi en joaillerie. Sa densité, quant à elle, est de 4,55.


 
La Francevillite est de ces jolies pierres maudites dont nous devons nous contenter de photographies d'échantillons bruts. Si vous envisagiez de l'ajouter à votre collection de beaux cailloux, mieux vaut oublier sur le champ toute idée saugrenue de ce type. Le merveilleux monde minéral est suffisamment vaste et divers pour vous orienter vers d'autres choix plus judicieux. La Francevillite, elle, compte au nombre des trésors interdits de Pluton, maître du monde souterrain et de ses colossales richesses.
 
Hans CANY